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Xenogears

Xenogears

« I am Apha and Omega, The Beginning and the End, The First and the Last. »

« Je suis l’Alpha et l’Oméga, Le Commencement et la Fin,
le Premier et le Dernier. »

-Apocalypse de Saint Jean, chapitre 22, verset 13

Par ces mots divins commence l’une des, si ce n’est LA, plus grandes aventures vidéoludiques de l’histoire. S’il est aujourd’hui de notoriété publique que ce grand « X » couleur sang corresponde à l’opus originel de la désormais grande famille des « Xeno- », force est de constater que bien peu de joueurs européens ont eu vent des qualités incroyables de ce titre. Et pour cause ! Suite à sa sortie japonaise, en février 1998 (soit l’exact milieu entre les sorties de Final Fantasy VII et VIII au Pays du Soleil Levant), seuls les nord-américains eurent droit à l’adaptation du jeu dans la langue de Shakespeare (et malheureusement largement censurée sur bon nombre de points…). Quant à sa réédition de 2011 sur le PSN japonais et étasunien, l’implantation européenne fut à nouveau invariablement boudée par Squaresoft, décidément bien fâché avec le vieux continent.

En Europe, et même à l’échelle mondiale, le suffixe -Gears a finalement réellement gagné ses lettres de noblesse par l’intermédiaire de la série « mère » Xenosaga, pourtant postérieure à -Gears et déclinée en trois épisodes. Développée par la même équipe, qui prit alors son envol de Squaresoft et fonda son propre studio, Monolith Software pour ne pas les citer, cette saga partage nombre d’accointances, notamment scénaristiques, référentielles et de gameplay (sans sérendipité aucune, évidemment) avec son illustre aîné.
Néanmoins, rendons à César ce qui lui appartient et adressons désormais un hommage appuyé à ce monument inoxydable et inébranlable du RPG japonais, glorieux représentant de l’époque bénie de Squaresoft.

Xenogears

Un épique crescendo narratif

« Époustouflant », « surprenant », « émouvant », tels sont des superlatifs qui siéraient à merveille au scénario de Xenogears. Jamais la notion d’histoire et la prépondérance absolue de celle-ci ne furent autant au centre du processus créatif que pour cette œuvre. Née de la très féconde imagination de monsieur Tetsuya Takahashi, son génial créateur, l’univers dépeint dans Xenogears est de ceux qu’il est impossible de voir ailleurs, voire même d’imaginer. Mue par la volonté farouche de cet homme d’en faire une pièce complète en différents actes, l’histoire dans son entièreté, et en particulier son background, s’étalent ainsi sur plus de dix mille ans d’histoire humaine et surtout d’histoires humaines.

Plus de 5000 ans après la sublime cinématique d’introduction, pendant laquelle un immense vaisseau de transport interplanétaire s’écrase sur une planète, après que son système central se soit fait pirater, le héros, Fei Fong Wong, achève enfin son dernier tableau. Le jeune homme de 18 ans coule des jours paisibles dans le petit village de Lahan, à la frontière des deux pays majeurs du continent, le Royaume d’Aveh au sud et l’Empire de Kislev au nord, en guerre perpétuelle depuis plusieurs centaines d’années. Un soir, lorsque d’immenses robots de combat, les Gears, attaquent subitement le village, Fei verra sa vie bouleversée à tout jamais. Et la nôtre également…

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La fort mystérieuse scène
d’introduction.
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Le jeune héros, Fei, peintre
de son état.

Il serait un crime plus odieux encore que le péché originel que celui de vous en révéler plus sur le scénario de cette œuvre, tant ce dernier représente la qualité la plus ahurissante du titre. Pendant plus de 40h, l’histoire de Fei sera tour à tour suggérée, développée, explicitée, décortiquée, analysée avec un rythme et une narration proches de la perfection. Il n’est ainsi pas rare de passer plusieurs heures à errer dans une ville ou un donjon pour ensuite recevoir bon nombre de révélations et d’avancées scénaristiques majeures en quelques minutes seulement.
De son début quand même relativement poussif jusqu’à sa fin en apothéose la plus complète, ce rythme particulier prend plaisir à jouer compulsivement avec les nerfs du joueur, s’accélérant à mesure que l’intrigue prend forme et sachant parfaitement ménager ses forts instants de suspense. Compte tenu des moyens qui furent les siens à l’époque, il n’est pas absurde d’avancer que Takahashi avait plus d’une génération d’avance sur ses contemporains en qualités de metteur en scène et de dialoguiste.

Tout d’abord résolument classique dans son approche (villages et villes oniriques, capacités magiques, guerre entre pays), l’univers et le cadre du récit s’enorgueillissent pour atteindre des sommets littéralement insoupçonnés voire insoupçonnables, même après plus de 10h de jeu. Une véritable pièce de théâtre ! Le plus incroyable demeurera sans aucun doute l’escalade constante et pourtant jamais illogique de la progression narrative. Au sortir de ce jeu, vous ne trouverez plus jamais inconvenant que ce qui semblait être un simple cross-over entre un univers RPG classique déjà vu maintes fois et des robots géants puisse finalement devenir un impitoyable space-opéra aux retombées philosophiques et dogmatiques qui feront date dans votre mémoire de joueur.

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La guerre entre le
royaume désertique d’Aveh…
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… et la République de Kislev rythmera une bonne partie du jeu.

Le space-opéra ? Un opéra qui se joue dans l’espace !

Vous l’avez sans doute désormais bien compris, l’histoire tient un rôle plus que primordial dans Xenogears, tant et si bien qu’elle représente le fil d’Ariane constant qui lie si intensément l’âme du joueur et son ressenti, à l’âme même du jeu et les messages que ce dernier souhaite si ardemment transmettre. Tetsuya Takahashi est un homme de valeurs autant que d’engagements et sa présence se ressent clairement dans toute la globalité de son œuvre. Les inspirations et références à la culture, dans toute son universalité, foisonnent à chaque instant. Qu’il s’agisse de la religion (références bibliques et judaïques notamment, véritablement mises en évidence), de la culture nippone des années 80 et 90 dans tout ce qu’elle a proposé de meilleur en RPG épiques et super robots (Evangelion et Ghost in the Shell en tête), ou encore des études des plus grands penseurs allemands, le jeu se fait un malin plaisir à incessamment multiplier les rappels et les mélanger avec un résultat qui force le respect.

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Super robots et personnages
complexes dans Evangelion.
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Réflexions philosophiques et critiques de la société dans Ghost in the Shell.

Malgré tout, et c’est là le véritable tour de force réussi par son créateur, Xenogears n’a de cesse de proclamer, hurler avec une véhémence farouche sa véritable personnalité, sa différence fondamentale avec toutes les œuvres dont il s’inspire pourtant si ouvertement. Comme pour démontrer qu’il est encore et toujours possible d’être créatif et indépendant, malgré un melting-pot culturel assumé, et très profondément marqué par la philosophie de Nietzsche, le créateur dénonce, critique acerbement et balaie littéralement les fondements de notre société (la nôtre, oui !). Tout y passe : religion mise à mal voire piétinée sur l’autel du pragmatisme, parentalité effroyable, lutte aveugle pour le pouvoir, guerre inutile et sans pitié, danger des technologies, remise en cause de la politique et même psychanalyse anxiogène de certains protagonistes. À la croisée des genres, Xenogears transcende le réel pour imposer sa vision, habile dichotomie entre une rhétorique ostensiblement pessimiste et une inextinguible espérance. Xenogears fait réfléchir. Xenogears fascine et choque énormément, viscéralement parfois. Mais surtout, Xenogears semble enjoindre plus que jamais le joueur impliqué à se questionner et remettre en cause son humanité ainsi que son propre univers à travers celui reflété à l’écran.

Xenogears
Le jeu n’est pas tendre envers
les divers régimes politiques.
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Et envers la religion non plus, d’ailleurs, au grand dam des joueurs américains.

Cette intime relation entre le joueur et son jeu se ressent encore plus intensément lorsque l’on se concentre sur les moyens mis en œuvre pour le rendre crédible et vivant. En effet, si la complexité du script satisfera en premier lieu les amoureux d’histoires tortueuses et bien écrites, ce sont assurément les personnages et les situations les mettant en scène qui donnent tout le sel et la saveur à ce titre. Qu’il s’agisse des protagonistes principaux, des nombreux et obscurs antagonistes ou encore de la pléthore de personnages secondaires, chacun d’entre eux apporte une pierre plus ou moins importante, mais toujours méticuleusement bien placée, à l’édifice narratif. À ce titre, les deux héros de l’histoire comptent sans nul doute parmi les plus approfondis de la culture vidéoludique. Mentionnons également tout particulièrement les antagonistes, véritables figures emblématiques au charisme démesuré, à l’ambition dévorante et aux motivations savoureusement terrifiantes.

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Des personnages très charismatiques et
extrêmement travaillés.
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Que dire alors des antagonistes,
celui-ci en tête…

Véritablement hanté par les doctrines nietzschéenne et freudienne, Takahashi a brillamment réussi à insuffler à ces petits bouts de pixels une âme véritable. Leur humanité (ou inhumanité) est touchante de réalisme et émeut par la sincère simplicité avec laquelle ils évoluent dans cet univers. Leurs relations, qu’elles soient amicales, amoureuses ou simplement idéologiques, se veulent véritablement le fondement essentiel de la trame scénaristique. Les rebondissements de l’histoire n’hésitant pas à les malmener psychologiquement (souvent bien rudement), à entrer de gré ou de force dans leur psyché déroutante ou encore à exposer leur passé aux souvenirs souvent très brutaux ; rien n’est épargné aux personnages, pour le plus grand bonheur d’un joueur bien souvent médusé devant de si fortes personnalités.

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Freud, l’inventeur renommé de la psychanalyse.
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Nietzsche, l’insatiable critique des valeurs de son temps.

À cela s’adjoignent la profondeur et le soin méticuleux accordés aux dialogues, dont certains, corroborés par une mise en scène ingénieuse ainsi qu’une ambiance musicale enchanteresse (nous y reviendrons), restent ancrés dans l’esprit et l’imaginaire du joueur. De fort nombreux moments jouissent par ailleurs d’un cachet artistique indéniable, que ce soit par leur déroulement et en particulier leur cinématographie (nous ne sommes pourtant que sur PlayStation, rappelez-vous), leur émotion palpable ou encore, et c’est à souligner, leur humour kitsch à l’extrême totalement assumé. Ainsi, une bonne dizaine de scènes peuvent sans aucun mal être considérées comme absolument cultes et véritablement marquantes dans l’histoire collective du medium jeu vidéo.

Pour conclure cette bien longue partie, une petite anecdote, très représentative de l’influence de la narration, semble de circonstance. Il était initialement prévu par Squaresoft que le scénario que nous connaissons actuellement comme étant celui de Xenogears, alors dénommé « Project Noah », soit en réalité celui de Final Fantasy VII. L’éditeur nippon estima cependant, une fois celui-ci achevé, qu’il était beaucoup trop sombre, complexe et éloigné des canons de sa série phare. Ne désirant néanmoins pas se débarrasser de tout le travail abattu par Takahashi et son équipe, la firme décida alors de créer une nouvelle licence et d’y incorporer cette histoire. C’est donc ainsi que naquit Xenogears.

Xenogears
Les passages cultes se comptent par dizaines pendant tout le jeu.
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L’humour n’est néanmoins pas en reste dans ce monde si sérieux.

Einige Charaktere kurz vorgestellt…

Comme le suggère le titre (Ja, ja…) et afin de ne pas vous spolier le plaisir de la découverte, c’est bien volontairement que ne sont présentés succinctement que quelques-uns des innombrables personnages du jeu.

Xenogears : Fei

Fei Fong Wong
Le héros de notre histoire, âgé de 18 ans. Il fut emmené au village de Lahan trois ans avant le début du jeu, blessé et amnésique. Maîtrisant parfaitement les arts martiaux et le Chi, ce jeune homme en apparence calme et intelligent cache en réalité de biens terribles et douloureux secrets…



Xenogears : Elhaym

Elhaym van Houten
Cette superbe jeune femme de 18 ans, surnommée Elly, est un soldat venu d’une nation lointaine. Elle rencontre Fei suite à une opération militaire menée au village de Lahan. La relation qu’elle entretient avec le jeune homme rythmera la progression de l’histoire de manière forte et inattendue.



Xenogears : Citan

Citan Uzuki
Le bon docteur du village de Lahan. Cet homme jovial et passionnant (bien qu’un peu bavard) de 29 ans adore la mécanique et confectionner diverses inventions farfelues. C’est un ami très important pour Fei, que ce dernier considère comme un véritable mentor. Néanmoins, derrière ses petites lunettes ne semblent pas se trouver que gentillesse et bienveillance…


Xenogears : Bart

Bartholomé Fatima
Jeune homme impulsif de 18 ans, celui que l’on surnomme Bart dirige une véritable fratrie de pirates des sables, naviguant au gré des dunes du désert du pays d’Aveh. Son tempérament de leader assumé lui provient d’origines bien plus étonnantes que sa modeste condition de pirate ne le laisserait penser de prime abord.


Xenogears : Grahf

Grahf
Ce mystérieux homme masqué paraît très intéressé par Fei, qu’il suit à la trace. Apparaissant toujours aux moments où nous l’attendons le moins, celui qui se définit lui-même comme étant le « Traqueur de Pouvoir » semble disposer d’une puissance phénoménale, constamment flanqué sur les épaules de son impressionnant Gear aux bras croisés. Ses motivations et objectifs demeurent totalement inconnus.

Xenogears : Miang

Miang
Cette femme aux cheveux mauves nous est présentée comme l’un des généraux du pays d’où provient Elhaym. Bien vite, elle va démontrer qu’elle ne sert finalement que ses propres desseins. Que cherche-t-elle à accomplir et qui est-elle vraiment ?

C’est bien gentil tout cela, mais quid de la technique ?! (Réflexion populaire)

Cela ne vous aura sans nul doute pas échappé mais Xenogears est bel et bien un jeu vidéo. Comme une histoire ne suffit généralement pas à faire un très grand jeu vidéo, il convient aussi d’aborder deux points majeurs que sont les graphismes et le gameplay. Même s’il date de 1998, force est de constater que le jeu a malgré tout plutôt bien vieilli graphiquement. Les modèles 3D des personnages rappellent ceux de Final Fantasy VII tout en étant à la fois moins carrés donc plus figuratifs mais également bien plus pixelisés, revers de la médaille oblige. Leurs animations étaient particulièrement soignées pour l’époque, même si Final Fantasy VIII les rendra complètement obsolètes un an plus tard.

Durant les combats, comme pour le septième opus de la série phare de Squaresoft, les modèles se détaillent beaucoup plus et l’animation gagne en immersion et réalisme, de même que pour les combats en Gears, que nous aborderons dans le prochain paragraphe. La modélisation des lieux, à l’inverse de Final Fantasy VII ici, réalisée avec le moteur du jeu, apparaît encore très plaisante à l’œil, aujourd’hui. Il en est de même pour la carte du monde, reprise strictement à l’identique de celle de ce dernier.
Ajoutons que le jeu se voit enrichi de quelques séquences cinématiques sous forme d’animés, créées pour l’occasion par le studio Production I.G, les pères de Ghost in the Shell et de deux films Evangelion, notamment. Ces scènes, intégralement doublées, sont magnifiques et souvent les garantes d’évènements essentiels dans la progression de l’histoire.

Xenogears
Les sprites ont certes vieilli mais le charme opère toujours.
Xenogears
Les cinématiques animées sont riches en images fortes.

En termes de gameplay dans les déplacements des personnages, ceux-ci se déroulent comme un Final Fantasy PlayStation classique, la caméra étant le plus souvent placée au-dessus de l’action et orientée de ¾. La véritable plus-value de Xenogears réside dans la possibilité de pouvoir bouger cette dernière dans les quatre directions principales, permettant ainsi au joueur de la placer eu égard au meilleur angle possible pour lui. Cet apport trouve bien rapidement son intérêt dans un jeu où se succèdent souvent petits couloirs sombres et immenses espaces, dans lesquelles personnages et Gears doivent parfois sauter entre des plate-formes pour progresser. En effet, le saut est une autre nouveauté majeure de ce jeu, en comparaison à des RPG plus traditionnels. Notons également qu’il est possible, dans les lieux le permettant, de se placer directement en Gears ainsi que de très facilement sortir et entrer de ceux-ci.

Les vraies innovations de gameplay de Xenogears se situent plus particulièrement au niveau du système de combat et de l’apprentissage des techniques. Le jeu permet, dans sa grande mansuétude, une dualité de gameplay très différente entre le combat à pied et le combat en Gears. Le premier cité ressemble assez classiquement à un Final Fantasy, notamment grâce à un ersatz d’Active Time Battle et des compétences Magiques (le Chi ou l’Ether, selon les personnages). Mais là où la différence et l’ingéniosité du titre se font prévaloir de leur propre turpitude, c’est concernant l’apprentissage des combos, des combinaisons de touches à exécuter dans le bon ordre afin d’asséner des coups réellement dévastateurs. Ces combos s’apprennent en entrant la combinaison de touches idoine un nombre de fois suffisant. Si chaque combo dans son utilité et sa force est inhérent à chaque personnage, les combinaisons de touches à utiliser seront en revanche toujours identiques, peu importe le combattant. Il est bon de préciser qu’il est impératif d’apprendre suffisamment de combos, au fur et à mesure de la progression. Ces derniers sont en effet à la base des combos réalisables en Gears et qui utilisent stricto sensu le même système.

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Un exemple de combat à pieds, au début du jeu.
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Contrôler un Gear s’avère particulièrement jouissif.

Parlons-en enfin, de ces fameux Gears ! Une bonne moitié des combats nous place dans les cockpits de ces géants d’acier et de technologie. Pour pouvoir attaquer (combos et Chi/Ether, les mêmes qu’à pieds mais bien évidemment représentés différemment), ou se mettre en Booster (la barre ATB se remplit plus vite), les Gears consomment du Fuel, qu’il est possible de remonter pendant un tour via une commande adéquate. Tout ce système de gestion du carburant est une notion essentielle à intégrer dans l’approche tactique de ces affrontements.
Les équipements des Gears représentent également une donnée importante pour une bonne progression dans le jeu. Régulièrement, des marchands proposent moult équipements, ayant attrait aux capacités intrinsèques de la machine ; ses HPs, sa quantité de Fuel, sa défense et défense éthérique (similaire à la défense magique)… Ces améliorations, absolument indispensables, coûtent souvent fort cher. La dimension stratégique se revêt à nouveau ici donc, dans la gestion de son équipement à l’instant T et la prévision des futurs achats.

Xenogears
Les Gears ennemis font souvent
dans la démesure.
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L’un des menus que le joueur apprend
à aimer, par habitude.

La mélodie du bonheur

Toute l’ambiance sonore de Xenogears fut confiée à un artiste déjà connu et réputé pour la fantastique bande originale de Chrono Trigger, autre chef d’œuvre de Squaresoft, Yasunori Mitsuda. Il accoucha, avec l’Original Soundtracks de Xenogears, d’un véritable récital, une maestria comme il en fut rarement atteinte dans le domaine du jeu vidéo.
D’une dimension générale très hétéroclite, le mélange des genres se fait le plus naturellement possible, entre des morceaux très légers et aériens (Shevat- The Wind is Calling, Singing of the Gentle Wind) ou d’autres à l’intonation bien plus sombre et angoissante (The Jaws of Ice, Forest of the Black Moon). De même, aux rythmes orientaux (Dazil- City of Burning Sands, Aveh Ancient Dance) succèdent les chœurs pieux des églises (The Wounded Shall advance into the Light, Ship of Regret and Sleep), jusqu’à accéder aux envolées grégaires caractéristiques d’un grand RPG (Fuse, Knight of Fire).

Citons pêle-mêle et le plus objectivement possible cinq musiques qui entreraient bien aisément au panthéon des plus belles mélopées vidéoludiques. La terrifiante « Grafh Emperor of Darkness », l’émouvante « Tears of the Stars Hearts of the People », l’angoissante « The One Who Is Torn Appart », les oniriques « One Who Bares Fangs At God » et « The Beginning and the End ».
Un mot enfin sur le fort bel ending du jeu, porté par la voix mélodieuse de Joanne Hogg, intitulé « Small Two Pieces » et qui correspond tout simplement au premier thème chanté de l’histoire de Squaresoft.

Xenogears
L’Original Soundtracks officielle…
Xenogears
… et son remix, by Mitsuda
himself.

La perfection n’est pas de ce monde…

Eh oui, finis désormais l’ode et l’hommage homérique. Il est plus que temps de devenir enfin méchant et acerbe avec Xenogears ! En réalité, les griefs que l’on peut naturellement avoir vis-à-vis du jeu sont à imputer à la direction de Squaresoft de l’époque. Non contents de n’avoir (et toujours aujourd’hui !) pas localisé le jeu fini en Europe, la firme fut purement et simplement à l’origine du sabotage de l’intérêt ludique du second et dernier CD du jeu. Si le scénario n’est absolument pas à remettre en question, c’est bien sur la forme que la fin du jeu frustre tout particulièrement. En effet, l’ambition démesurée placée dans ce projet par l’équipe de Tetsuya Takahashi provoqua inévitablement l’épuisement presque total du budget initialement accordé au jeu, et ce dès la fin du premier CD seulement. Squaresoft n’ayant bien évidemment aucune réelle garantie du futur succès commercial de ce titre, la société préféra alors se concentrer sur le développement de Final Fantasy VIII, leur poule aux œufs d’or, qu’apporter plus d’argent au projet Xeno.

C’est la raison pour laquelle, bien malheureusement, la plupart des actions réalisées par les protagonistes durant la seconde moitié de l’histoire, qu’il s’agisse de donjons ou lieux à explorer, d’ennemis à combattre ou de scènes de dialogue, furent réduites à leur plus simple expression. Concrètement, ces évènements nous sont narrés, exposés, par le biais d’images fixes ou animées, surplombants nos héros assis sur une chaise. Impossible, malgré toute la bonne volonté du monde, de ne pas être irrémédiablement déçu voire dépité par cet état de fait, tant la progression du premier CD est agréable. Cette cassure nette dans le récit rend cette seconde partie de l’œuvre bien moins agréable et pertinente, sur le plan ludique. Fort heureusement, si la qualité du rythme s’en ressent, la mise en scène des passages les plus importants de l’histoire bénéficie d’une réalisation encore plus soignée et maîtrisée à la perfection, avec notamment trois-quatre dernières heures de jeu proprement ahurissantes.

Xenogears
Le génial scénariste Tetsuya Takahashi, encore méconnu à la sortie de son premier jeu.
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Cette chaise sera un compagnon bien trop récurrent durant les dernières heures…

Des imperfections techniques sont également à souligner, en particulier au niveau des sauts, manipulations très TRÈS difficiles à maîtriser. Il n’est pas rare dans certains grands donjons de devoir recommencer plus d’une vingtaine de fois un saut millimétré, avec ce que cela implique d’allers-retours et de combats aléatoires. Ces derniers sont d’ailleurs parfois un peu trop nombreux, à l’image de ce qui était, semble-t-il, la norme à l’époque au sein de la société, Final Fantasy VI et VII en tête (oui, nous vous en voulons encore tellement).
Précisons que pour la version américaine du jeu, la synchronisation labiale des cinématiques animées laisse clairement à désirer, tout autant que le jeu des acteurs d’ailleurs. N’en voulons néanmoins pas trop à Squaresoft, dont c’était alors le tout premier essai en la matière. Les voix japonaises demeurent, quant à elles, très réussies (et bien synchronisées, elles).

Xenogears
La Tour de Babel, où la personnification des sauts qui rendent irascible.
Xenogears
En voilà un qui n’apprécie que peu
son doublage en anglais.

The Beginning and the End.

Xenogears est un chef d’œuvre. Intemporel. N’y allons pas par quatre chemins, cette évidence s’impose au joueur dès les premiers instants que celui-ci foule le monde incroyable inventé par le génie Takahashi. Sombre, parfois si immoral, violent, cynique et à la fois tellement fabuleux, empli d’un fol espoir et porté par une morale intellectuellement brillante sur Dieu et l’Homme, cette œuvre pourtant incomplète dans sa forme mais résolument avant-gardiste dans sa narration nous rend vivant, nous fait vivant. À la fois beaucoup plus et pourtant beaucoup moins qu’un simple jeu vidéo, ce grand X rouge restera surtout dans les mémoires pour son expérience de vie et son humanité, porteuses d’une humilité sincère. Ne pas succomber, rien qu’une seule fois, serait une hérésie. Jouez-y, sérieusement, pour vous-même et pour la multitude, en rémission des péchés.

Cette histoire s’achève exactement comme elle débute. Un rêve qui semble si réel. Un cycle en éternel recommencement.

Xenogears

L’Alpha et l’Oméga, le Commencement et la Fin, le Premier et le Dernier.
Xenogears.



Xenogears

Dates de sorties
Playstation Playstation Network
Japon 11 février 1998 25 juin 2008
États-Unis 20 octobre 1998 22 février 2011
France Jamais Jamais






par ange du silence le 26.09.2013 à 11:39

lu et approuvé ! un bon article sur un bon jeu : merveilleux ! demain je m'y met !



par Shuyin45 le 08.09.2013 à 21:21

Voilà une description du jeu bien détaillée, en tout cas plus détaillée de ce que j'ai eu droit avant cette article. On sent - comme il a déjà été dit - que tu l’as écrit avec passion néanmoins en gardant ton objectivité donc malgré que ce soit un peu (beaucoup ?) long, on y prend un réel plaisir a le lire. Encore plus à y jouer je suppose. Bravo !



par ff fanatics le 08.08.2013 à 13:58

Maintenant que j'ai enfin tout lu et compris (j'espere) je peux commenter :p Tout d'abord c'est extrêmement bien écrit, mais ça je m'y attendais, j'ai toujours été le plus grand fan de la plume Darki <3 j'ai rarement ressenti autant de passion et d'amour dans un test également. Ensuite, c'est un jeu qui est dans ma to-do-list mais là il est remonté vers le haut de la liste, tu m'as encore plus donné envie de découvrir ce superbe jeu qu'auparavant x) Bravo et Merci Darki o/



par Noctis le 05.08.2013 à 22:21

Une riche et passionnante présentation dont je me suis délecté du début à la fin. Le jeu était depuis longtemps déjà sur ma liste de jeux à faire et lire ce si bel article n'a fait qu'exacerber mon désir de le faire le plus vite possible. Hâte d'éprouver cette même passion qui fut la tienne pour ce jeu et j'en serai aise d'en discuter avec toi une fois que j'aurai goûté à ce chef-d'oeuvre. Un fort bel hommage. =) P.S.: Je tiens à souligner la très belle plume de notre très cher Darki dont la richesse et le style auront su me faire voyager à travers son aventure et son amour pour ce jeu. Un grand bravo ! =D



par Tizona le 04.08.2013 à 23:25

Un très bel article sur un joyau vidéoludique, qui, encore, n'a jamais été exporté chez nous (comme beaucoup trop d'autres). Il demeure malgré tout incontournable en tout point, et comme relevé, le seul point négatif est probablement la frustration que l'on peut ressentir quant au second disque, cette impression qu'il y aurait pu avoir "plus". Monsieur Mitsuda signe encore un magnifique travail pour ce jeu. Bravo à toi, Darki, d'avoir su présenter l'essence et les points du jeu qui le rendent si unique =)



par Butz le 04.08.2013 à 10:22

Bien d'accord avec Tallulah, voilà un bel hommage de la part d'un passionné !



par Siqwall le 04.08.2013 à 02:24

Vraiment un très bon test! Même si l'on ne connait pas l'univers, tu nous donne l'envie d'en savoir plus! Je rajoute que c'est vraiment agréable à lire. Très bon boulot Darki! ^^

par Tallulah le 03.08.2013 à 16:33

Exellent test Darki, on sent le passioné.^^ Je n'ai malheureusement jamais joué à ce jeu. En revanche je regardais à l'époque mes parents y joués et j'avoue qu'il ma pas mal marquée. Déjà par son univers (trés science-fiction), ses cinémations en animés trés belle et ainsi que ses nombreuses ses que j'ai trouvé, que je trouve encore aujourd'hui choquante.





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