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Life is Strange - Episode 1 - Chrysalis

Life is Strange

C'est en août 2014 que Square Enix dévoilait enfin son projet collaboratif avec Dontnod, qui nous fut auparavant teasé par l'intermédiaire d'un artwork du jeu survenu plus tôt dans l'année. Dès lors, quelques mots avaient été glissés sur le jeu, son concept, ses mécaniques, et même une première vidéo avait été montrée lors de la Gamescom de Cologne, mais le jeu est resté plutôt discret jusqu'à sa sortie le 30 janvier dernier sur PC, PS3, PS4, Xbox 360 et Xbox One. Ici, Square Enix ne remplit le rôle que de l'édition, puisque c'est le studio français Dontnod qui développe le jeu ; non pas à leur premier essai, nous connaissons Dontnod pour Remember Me (édité par Capcom) paru en 2013 où nous incarnions Nilin, une jeune femme à la recherche de son identité dans une Neo-Paris. Life is Strange nous introduit quant à lui dans un univers plus familier, puisqu'il s'agit du nôtre… Les retours temporels en moins. Première partie d'un jeu découpé en 5 épisodes, « Chrysalis » a pour but principal de nous présenter l'univers du jeu et les assises de son intrigue.

Life is Strange

:: Il était une fois dans la charmante ville d'Arcadia Bay…

Dès les premières minutes, nous incarnons Maxine Caulfield (communément surnommée « Max »), une jeune fille de 18 ans qui revient dans sa ville natale qu'elle a quittée 5 ans auparavant, pour étudier la photographie à l'Académie Blackwell. Jusqu'ici, rien de plus normal, jusqu'au moment où prise de panique devant le meurtre d'une jeune fille auquel elle assiste, Max découvre qu'elle peut maîtriser le temps et revenir en arrière pour éviter ce drame. S'ajoute à cela qu'autour d'elle, tout le monde parle de la disparition de cette élève si populaire, une certaine Rachel Amber. Nous l'avons dit, ce premier épisode a une portée purement introductive, et ne fait pour le moment qu'amorcer des éléments qui pourront être développés dans la suite du jeu. Il est donc par ailleurs difficile d'appréhender le scénario du jeu dans une telle phase où la plupart des notions scénaristiques ne sont que vaguement effleurées.

Dans « Chrysalis », l'immersion dans le petit monde de Max est largement mise en exergue et présentée comme une richesse tant elle est efficace dans cet épisode. Tout contribue à nous faire découvrir son quotidien tel qu'elle le vit, son environnement, ses rapports — parfois difficiles — avec ses camarades. Les nombreux échanges qu'elle peut entretenir avec autrui contribuent grandement à la découverte des autres personnages bien sûr, mais aussi à l'appréhension de la personnalité de Max, par les différents comportements des personnages reflétés sur elle.

Life is Strange
Bienvenue à l’Académie Blackwell.
Life is Strange
Max, notre jeune héroïne, étudiante, et maître du Temps à ses heures perdues.

Contrairement à d'autres jeux à « choix » qui nous laissent très souvent choisir des axes radicalement différents dans la personnalité du personnage que l'on joue, ici Max a déjà un caractère et un point de vue bien à elle. On pourra toujours choisir par exemple d'être honnête ou de cacher des vérités, mais il ne s'agit pas de trouver une personnalité à Max, que l'on ressent bien par ses dialogues intérieurs. Nous pouvons par ailleurs noter qu'il est assez rare d'incarner ce genre de personnage dans un jeu : incertaine, peu confiante avec autrui mais pourtant relativement bavarde, que cela soit par tous les avis qu'elle émet sans les prononcer à voix haute, ou par l'intermédiaire du journal qu'elle tient et rédige tout au long de l'épisode.

Le jeu nous offre une narration à plusieurs niveaux intéressante : nous avons bien sûr une intrigue, un développement « linéaire » du scénario dans le sens où il suit un fil conducteur précis, mais nous sont proposées plusieurs manières d'aborder le jeu dans son ensemble. Cette possibilité nous est permise principalement car le jeu nous laisse la liberté d'explorer les différents endroits que Max traverse. Et si peu d'éléments sont à chaque fois réellement importants pour faire avancer le scénario, rien ne nous empêche d'observer (provoquant un commentaire systématique de Max) ou interagir avec certains éléments de l'environnement. Même si cette phase n'est pas obligatoire, elle peut nonobstant apporter des informations diverses, plus ou moins utiles, ou nous en apprendre un peu plus sur les personnages, que ce soit notre héroïne, ou les personnes qui l'entourent.
Bien sûr, ce n'est pas vraiment une nouveauté pour ce jeu très narratif avec des touches de « Point'n'Click » ; Gone Home, cité comme libre inspiration par les créateurs eux-mêmes, est un jeu développé par The Fullbright Company et paru en 2013, utilisait des mécaniques de narration semblables où l'histoire ne se dévoilait que par l'observation des détails de l'environnement où se trouvait le personnage.

Ce qui rafraîchit dans Life is Strange et plus particulièrement dans ce premier épisode, est la trivialité de cette exploration et de cette appréhension de l'univers : il n'est pour l'instant pas vraiment question d'énigmes complexes à résoudre comme c'est le cas dans nombre de Point'n'Click, mais premièrement d'évoluer avec Max dans son quotidien le plus ordinaire. Cette narration très libre dépend du joueur et de l'approche qu'il veut avoir du jeu, offrant une expérience qui peut changer facilement d'une personne à une autre. L'appréhension par l'exploration de l'environnement se ressent également de toute évidence auprès des personnages du jeu que l'on peut aborder (ou éviter, même si certains sont forcément indispensables). Les éléments que l'on peut apprendre d'eux sont parfois futiles, ou sans intérêt direct dans le jeu, mais pourront sans aucun doute jouer un rôle dans les épisodes futurs, que ce soit les conséquences d'éléments appris, ou de relations développées d'une manière ou d'une autre.

Les personnages de l'univers jouissent d'une certaine variété, souvent corroborées par de fortes personnalités. Ces personnages nous sont majoritairement présentés lors des échanges que l'on peut avoir avec eux, et certains de nos choix, actions peuvent sensiblement changer leur comportement envers Max, ou du moins les faire réagir. Si vous fouillez un peu trop dans les affaires d'un personnage, il n'en sera pas forcément très heureux, mais si vous vous montrez empathique voire aidez un personnage, ce dernier s'en souviendra probablement dans le futur. La crédibilité de l'univers et la volonté d'immersion dans un monde qui nous est relativement connu dans sa temporalité sont corroborés par la présence de myriade de références anecdotiques, et sans vraiment d'importance ni d'exubérance, mais qui nous prouve que le jeu aurait pu tout aussi bien se dérouler dans la réalité dans laquelle nous vivons.

Cette relation étroite entre le média vidéoludique et notre réalité est d'ailleurs parfois mise en abîme durant ce premier épisode, comme pour se jouer de nous et nous faire oublier qu'il s'agit d'une autre réalité que la nôtre.

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On avait dit que fouiller dans les affaires des autres ce n’était pas bien ! (Image cliquable)
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Mauvaise nouvelle à vous annoncer… (Image cliquable)

L'ambiance typiquement américaine de l'univers est servie par un doublage crédible, spontané et expressif, mais uniquement anglais. Si l'on peut certainement évoquer des raisons économiques à un manque de doublage dans d'autres langues, il faut aussi admettre que le doublage anglais participe au réalisme de l'ambiance d'un campus américain. Il aurait probablement été difficile de retranscrire vocalement une telle ambiance avec d'autres langues, et c'est une difficulté que surpasse la traduction textuelle française du jeu, qui est relativement équivalente, malgré les nombreuses expressions idiomatiques américaines et autres abréviations à traduire. La traduction française ne se limite pas qu'aux dialogues du jeu, puisqu'elle traduit également les contenus intégrés au background (affiches, journaux, etc.), ainsi que la totalité des interfaces du jeu.

Life is Strange
L’interface permet de stalker sans honte tous les messages du portable de Max

:: « Cette action aura des conséquences »

Concernant le gameplay, le jeu nous rappellera forcément aux premiers abords certains jeux narratifs épisodiques récents (Walking Dead, the Wolf Among Us de TellTale), mais bien vite, nous constatons que Life is Strange est un jeu tout à fait différent. Bien sûr, à l'identique de ces jeux, nous contrôlons l'héroïne, ses déplacements, choix et actions dans des environnements donnés. Toutefois, la grande spécificité du jeu est le concept de Rewind. Les connaisseurs de Dontnod ayant joué à Remember Me se rappelleront forcément du système de Memory Mix qui permettait de modifier les souvenirs de personnages et de revenir en arrière jusqu'à obtenir certaines conséquences voulues quant à des situations précises. Ici, le Rewind – dont Max fait mystérieusement l'acquisition au début du jeu – est un système semblable mais peaufiné, de retour dans le temps.
Même s'il permet de contrôler le temps et d'essayer sans trop se risquer à expérimenter certaines actions et décisions pour observer les conséquences immédiates, avec la sécurité du retour en arrière si les suites de ces choix ne nous conviennent pas, ce système connaît — heureusement — ses limites. Car si Max possède un pouvoir aussi incroyable et puissant qu'est la maîtrise du temps, il faut savoir qu'il ne lui permet que de revenir à quelques secondes, voire quelques minutes au grand maximum, en arrière. Contrairement aux idées que nous pourrions nous faire à l'appréhension de cette capacité face aux choix qui n'en seraient pas vraiment si l'on peut les changer, il s'avère que le jeu redouble d'ingéniosité pour conserver la difficulté de prendre des décisions et faire hésiter le joueur.
En effet, lorsque l'on prend une décision ou fait une action, nous ne prenons connaissance que des conséquences immédiates, et non à long terme ; ne nous permettant pas de remonter trop loin dans le temps, une décision devient ainsi vite définitive. Généralement, les décisions (très souvent au nombre de deux, voire trois) sont nuancées, il n'y en a pas une « bonne » ou une « mauvaise ».
Même si certains choix peuvent sembler plus logiques que d'autres dans une situation donnée, Maxine ne manquera pas de vous faire remarquer les points négatifs de chacun des choix, ou les conséquences à prévoir à court et long terme. Mieux vaut-il vous risquer à défendre une camarade lors d'une altercation au péril de votre scolarité, ou vous abstenir et garder des preuves ? A vous de choisir.

Life is Strange
Chaque passage où une action a été effectuée est indiqué par un marqueur sur votre spirale de temps

Le premier épisode ne nous permet pas encore de prendre connaissance de l'impact et des conséquences à long terme de nos décisions : peut-être seront-ce des épées de Damoclès placées au dessus de nos têtes et prêtes à tomber à n'importe quel moment, ou alors ne seront-ce que des choix anodins sans réelle importance. Quoiqu'il en soit, ces décisions, pour la plupart, diffèrent assez largement de jeux à choix type TellTale où les choix sont presque toujours liés à des actions dont nous connaissons immédiatement les conséquences. Ce qui nous laisse présager nombre de surprises (voire de regrets) dans les épisodes à venir. Une chose relativement nouvelle : nous avons le temps pour choisir et réfléchir (en plus de pouvoir revenir en arrière si l'on voulait changer d'avis), ce qui contribue au rythme relativement calme du premier épisode.

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Nous tremblons encore à l’idée de connaître les terribles conséquences de l’arrosage de Lisa, la plante de Max.
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Utiliser le Rewind après avoir appris un élément important vous permet de replacer l’information (soulignée parmi les choix) dans la discussion.

En revanche, il vous faudra parfois agir assez rapidement dans certaines situations qui le suggèrent. Avec ce premier épisode, nous ne savons si cette absence de « réponse chronométrée » sera de rigueur sur la totalité du jeu, qui gagnera peut-être d'intensité dans le futur.

Sinon, ce premier épisode bénéficie d'une certaine linéarité dans le développement selon la trame principale, où il vous suffira de résoudre quelques énigmes très simples pour avancer dans le scénario : chercher des preuves, un objet précis bien caché, régler des conflits pour parler à un personnage ; vous l'avez compris, pour le moment, rien de bien sorcier.

:: Et si l'on jouait dans une photographie Polaroid ?

Nous ne pouvons pas dire que le jeu brille pas des graphismes et textures incroyablement détaillés et réalistes — et ce n'est probablement pas ce que l'on attendait de toute façon — mais il bénéficie d'une direction artistique assez unique. La lumière et les différentes ambiances colorées participent au côté très photographique (notion mise en abîme par Max qui n'hésitera pas à dégainer son appareil photo pour capturer certaines scènes) des environnements et décors. Il faut par ailleurs savoir que le travail préparatoire des textures a été fait de manière traditionnelle, et que toutes les textures ont été créées à la main, et non pas récupérées par l'intermédiaire de banques d'images photographiques, ce qui donne un cachet très graphique au rendu. Les diverses ambiances du jeu que l'on traverse sont très riches, même si nous n'avons pas beaucoup l'occasion de changer d'environnement dans ce premier épisode : de la neutralité (ou de la familiarité) de l'école, nous passons aux chambres très personnelles des étudiants, puis aux côtes de la ville colorées et pittoresques.

Life is Strange
Les chambres des personnages, souvent très parlantes quant à leur personnalité.
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Les côtes d’Arcadia Bay, ou un paysage de carte postale.

Concernant le rendu graphique des personnages, nous noterons une lipsynch parfois très passable et peu travaillée. Les visages sont assez expressifs quant aux divers comportements adoptés, même si la crédibilité des caractères est d'autant mieux retranscrite par l'animation, l'acting (l'ensemble des données qui permettent d'animer un personnage, un individu par des gestes, des attitudes corporelles dans le but de lui donner plus de crédibilité et de « vie ») des personnages. Il sera par exemple très fréquent de voir notre héroïne s'agripper à la bandoulière de son sac, se tenir nerveusement le bras, ou agir de manière très incertaine pour illustrer son mal-être, son indisposition en présence d'autres personnes.
Le character design dans son ensemble est très varié et nous offre un panel de personnages très différents, physiquement mais aussi expressivement, ce qui corrobore le portrait réaliste du jeu.

:: Quelques accords sur une guitare

Les ambiances musicales peuvent être assez surprenantes pour le medium du jeu vidéo. Puisant principalement dans un répertoire folk, sont préférées les musiques de groupes et d'interprètes déjà existantes plutôt que des créations originales. Vous pourrez donc entendre des musiques d'Angus & Julia Stone, Syd Matters, ou encore José González durant votre progression dans le jeu. Les musiques se font douces et calmes pour accompagner les pérégrinations de Max, et savent parfois s'abstenir lors de scènes et situations où l'ambiance, les dialogues ou silences, se suffisent à eux-mêmes.
Même lors des phases d'exploration, la musique — si elle est présente — n'est que discrète, et il est d'ailleurs ainsi plus aisé d'entendre les bruits environnants. Les seuls passages où la musique se fait plus présente est lorsqu'elle est utilisée volontairement par les personnages. Ces séquences particulièrement prenantes et fortes occupent tout l'espace sonore, mais n'empêchent toutefois pas les pensées de l'héroïne.
La musique ne nous est jamais forcée, imposée, elle semble véritablement intervenir au bon moment en fond, ou dans l'unique but de créer un effet particulier, susciter une émotion, couper le personnage de son environnement bruyant pour le plonger dans les mélodies de son baladeur, ne laissant de l'extérieur que les visages et décors qui défilent. Au final, les silences n'en sont pas moins importants, illustrant des passages où les mélodies et mots ne sont pas nécessaires.

:: Conclusion

Nous ne pouvons naturellement pas encore nous exprimer véritablement sur l'ensemble des points du jeu n'ayant accès qu'à un aperçu de la totalité de l'oeuvre, mais nous pouvons affirmer que cet épisode en surprendra probablement plus d'un, que ce soit par ce côté très authentique et « ordinaire » que nous octroie le jeu, ou par le cachet photographique et contemplatif de l'œuvre. « Chrysalis » nous offre de 1h30 à 3-4 heures de jeu à exploiter comme vous le désirez, à explorer minutieusement l'univers dans ses moindres détails, ou à vous concentrer sur le développement du scénario. Même si nous ne savons ce que la suite nous prépare, cet épisode nous permet d'ores et déjà de voyager auprès de Max dans les ambiances aussi triviales que douces et colorées qui rythment son quotidien. Cette introduction à Life is Strange touche par sa crédibilité, sa langueur nostalgique et sa mélancolie. En tout cas, ce premier épisode prometteur et ambitieux ne manque pas de susciter de la curiosité, et surtout de la hâte à découvrir la suite des aventures de Maxine, que nous découvrirons au courant du mois de Mars. Maintenant, allez-vous faire le choix d'essayer le jeu ? Attention, cette action aura peut-être des conséquences…

Dates de sortie
Japon 30 janvier 2015
États-Unis 30 janvier 2015
France 30 janvier 2015






par ff fanatics le 15.02.2015 à 19:05

C'est vraiment un très bon jeu, j'ai dévoré ce premier épisode et j'ai déjà hyper hâte de voir la suite !! J'aime Square et Dontnod donc j'en attendais pas mal, surtout que je suis friand de ce genre de jeux d'aventure :3 Belle surprise donc ! Bravo Tizona, tu donnes vraiment envie avec ce test et j'aurais pas pu mieux m'exprimer que toi x)



par Noctis le 12.02.2015 à 22:26

Excellent article, qui renforce mon intention d'y jouer. La plume n'a rien à envier par ailleurs. Bravo Tizona !



par OmikronSoul le 12.02.2015 à 22:07

Je vais faire mon chieur, mais pourquoi n'y a-t-il que deux images cliquables ? Vanter la direction artistique perd un peu de son sens avec des images en 210x118 : Mis à part ça, excellent article. Je vais sans doute commencer le jeu ce soir.

par Darki le 12.02.2015 à 21:01

Superbe article pour un début de jeu fort prometteur =D Je trouve cette première partie de Life is Strange très intéressante et intrigante et l'article lui rend très bien hommage, sans spolier le plaisir de la découverte. Très informatif et documenté, le tout serti d'une bien jolie plume, qui plus est ! Félicitations et merci pour cet écrit, chère Tizona :3





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